Enseignant assassiné : l’islamiste Abdelhakim Sefrioui, un “danger pour la République”

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La responsabilité d’Abdelhakim Sefrioui, prédicateur islamiste connu du renseignement français, est mise en cause dans l’enquête sur l’assassinat de Samuel Paty, décapité à Conflans-Sainte-Honorine. Placé samedi en garde à vue, l’extrémiste religieux est un homme “dangereux”, à en croire de nombreux observateurs musulmans.

Jusque-là inconnu du grand public, Abdelhakim Sefrioui est pourtant familier des services de renseignement français depuis de longues années. Militant islamiste très actif, il fait partie des 11 personnes placées en garde à vue dans le cadre de l’enquête ouverte par le Parquet national antiterroriste (Pnat) sur l’assassinat de Samuel Paty, professeur d’histoire décapité à Conflans-Sainte-Honorine, en région parisienne, vendredi 16 octobre. Interpellé samedi à Évry avec sa compagne, Abdelhakim Sefrioui avait accompagné, début octobre au collège du Bois-d’Aulne où enseignait la victime, le père d’une élève afin de demander son renvoi pour avoir montré des caricatures du prophète Mahomet à ses élèves.

“C’est un fou, un agitateur, un danger pour la République”, assure à France 24, désabusé, Tareq Obrou, grand imam de Bordeaux, qui l’a connu du temps où il vendait encore des livres religieux. Il fait du mal à la société française et aux musulmans en parlant en leur nom. Il est dans tous les mauvais coups. Il s’agit surtout d’un lâche qui nourrit les esprits des plus fragiles en faisant systématiquement des musulmans les victimes de la République. Ces thèses victimaires parviennent aussi à convaincre les plus téméraires qui, eux, passent à l’acte.”

Dans ses récents messages vidéo, le prédicateur exige notamment “la suspension immédiate de ce voyou”, évoquant Samuel Paty. Sur un ton véhément, il y dénonce l’acte “abject” et le comportement “irresponsable et agressif” du professeur, conséquence selon lui de “l’appel du président de la République à haïr les musulmans […]. Ça fait cinq-six ans que des enfants de 12-13 ans, des musulmans, sont choqués, sont agressés, sont humiliés devant leurs camarades”, vitupère l’extrémiste religieux. Au chapitre des postures islamistes radicales, Abdelhakim Sefrioui n’en est pas à son premier fait d’armes.

Fiché S

Né le 21 avril 1959 à Fès, au Maroc, il devient Français après son mariage avec une convertie qui milite à ses côtés. À bien regarder son CV, Abdelhakim Sefrioui se révèle être un militant islamiste particulièrement virulent. Au gré des opportunités, l’activiste s’improvise tantôt prédicateur islamiste, libraire, soutien politique de Dieudonné, militant antisioniste ou responsable associatif virulent. L’homme au crâne dégarni et à la barbe argentée assure aujourd’hui agir “au nom du Conseil des imams de France”, un groupuscule intégriste qui n’a jamais fait partie des autorités religieuses officielles de l’islam de France.

C’est au milieu des années 2000 qu’il apparaît sur les radars de la DGSI. L’homme, qui se fait passer pour imam après des prêches prononcés aux Ulis, près de Paris, est de toutes les manifestations défendant de près ou de loin une vision radicale de l’islam. Au point d’être fiché S, inscrit au FSPRT, le fichier des radicalisés.

À la tête du collectif Cheikh Yassine (du nom du fondateur du Hamas, tué par l’armée israélienne en 2004), il propage des propos antisionistes aux relents antisémites. À la même période, il gère une librairie-maison d’édition de la rue Jean-Pierre Timbaud, dans le 11e arrondissement de Paris, réputée pour être un bastion de l’islam rigoriste, en faveur de la “liberté des femmes de porter le voile”.

En 2006, il préface un ouvrage de l’imam Youssef al-Qaradawi, le maître à penser des Frères musulmans, montrant son attachement à l’organisation, considérée comme terroriste par les États-Unis. Il fait aussi un passage éclair dans la politique en rejoignant le comité de campagne de Dieudonné pour la présidentielle de 2007. Candidature finalement avortée, faute d’obtention des 500 signatures d’élus nécessaires.

Intimidation, victimisation

Début 2010, l’imam autoproclamé et son collectif Cheikh Yassine prennent pour cible Hassen Chalghoumi, l’imam de Drancy, qu’il juge trop proche des juifs. Le prédicateur islamiste organise durant des mois des manifestations devant la mosquée en Seine-Saint-Denis. Le 26 janvier 2010, un groupe de 80 personnes fait même intrusion dans l’enceinte du bâtiment religieux. Six mois plus tard, deux personnes appartenant au sulfureux collectif sont surprises en train d’escalader le mur du domicile de l’imam, une caméra à la main. Hassen Chalghoumi n’a d’autre choix que d’être placé sous protection policière. Le recteur de la grande mosquée de Paris de l’époque, Dalil Boubakeur, fait lui aussi les frais des menaces et des intimidations du groupuscule.

En mars 2011, Abdelhakim Sefrioui accompagne, devant le lycée Auguste-Blanqui de Saint-Ouen, la mère d’une élève qui souhaite porter en classe l’abaya, une longue robe sombre couvrant tout le corps, malgré le rappel à l’ordre des responsables de l’établissement. Selon Le Point, des banderoles “Islamophobes, on est là” sont ensuite placardées devant le lycée. L’établissement renonce alors à interdire le port de l’abaya.

En 2014, le ministère de l’Intérieur envisage de dissoudre le collectif Cheikh Yassine, également à l’initiative de plusieurs manifestations propalestiniennes virulentes, pour antisémitisme. Malgré les efforts déployés, les pouvoirs publics ne parviennent pas à le mettre en cause dans le cadre d’une procédure judiciaire.

Abdelhakim Sefrioui “est malin car il connaît très bien le droit pour détourner le droit. Il sait ce qu’il peut dire et faire pour ne pas entrer sous le coup des procédures, souligne le grand imam bordelais, Tareq Obrou. Quant à sa double nationalité, il ne peut pas non plus en être déchu. Son cas est un vrai dilemme, il est dangereux et on ne sait pas quoi en faire. Et le problème, c’est que, à des degrés d’implication plus ou moindre, il existe bien d’autres profils comme le sien.” france24.fr